Comment Vald a-t-il réussi à briser l'uniformité du rap français ?

Avec la sortie de son nouvel album, Vald boucle une année riche en contrastes. En l'espace de quelques mois, il a sorti trois projets : Pandemonium, suivi d’une réédition aux sonorités techno, et enfin un album pop avec Magnificat. Bien que Vald ait constamment fait des choix authentiques dans sa musique, ces dernières sorties marquent un virage artistique par rapport à son passé. D’ailleurs, cela confirme une phrase qu'il avait confiée à Mehdi Maizi dans l'émission Le Code : « Maintenant c’est pour de vrai, je suis de plus en plus pour de vrai, et de plus en plus pour deux Vald ».
PAR SUZIE DIEBOLT

 


©COUVERTURE DE L'ALBUM PANDEMONIUM DE VALD



Un parcours en évolution constante

Vald commence sa carrière en 2014, avec un style volontairement provocateur et absurde, souvent décrit comme du « rap troll ». À l'époque de NQNT2, il transmet une énergie brute et provocatrice, sans chercher à plaire ni aux radios, ni à son public. Son premier album studio, Agartha, prolonge cet univers tout en étant plus dense et travaillé. Porté par des succès comme « Eurotrap » ou « Vitrine », ce projet renforce son image d’artiste décalé. 

Il entame ensuite un virage plus conscient avec l'album Xeu, qui confirme son statut de pilier du rap français grâce au succès massif du titre « Désaccordé ». Avec plus de 176 millions de vues cumulées sur YouTube, ce titre a permis à Vald de s’ouvrir à une fanbase encore plus mainstream. Cette évolution se précise avec Ce monde est cruel, un projet sombre et introspectif, considéré par beaucoup comme son meilleur album. Vald abandonne la démesure pour dévoiler une facette mature de lui, traitant de la solitude et d’une société capitaliste désastreuse. 

Entre 2020 et 2025, il s'impose comme un artiste complet en fondant son propre label pour gérer sa carrière de manière indépendante. Cette autonomie s'accompagne d'une écriture de plus en plus personnelle, où il expose ses angoisses et ses démons. En mars dernier, la sortie de son album Pandemonium illustre cette maturité en abordant la dépression et les addictions : « "Non c’est pas de la drogue"  l'addiction est réelle, mais la dépression aussi » - Prozaczopixan. Il maintient toujours un équilibre entre le tragique et l'absurde, et il le fait bien. Quelques mois plus tard, il complète cette démarche en dévoilant Pandemonium Reloaded, produit par Todiefor et Vladimir Cauchemar, ainsi que Seezy, présent sur Pandemonium. Cette deuxième édition apporte une dimension brutale et électronique : encore une preuve de son éclectisme. Enfin, son dernier projet en date, Magnificat, est un véritable succès. Qui aurait attendu Vald sur de la pop ? Pas grand monde. Et pourtant, il a été très bien accueilli. 


De gauche à droite : Vladimir Cauchemar, Vald et Todiefor

 

 

Le choix de la liberté

En disant qu'il est « de plus en plus pour de vrai », Vald explique qu'il ne veut pas se cacher derrière un personnage ou des codes imposés. Le concept de « deux Vald » montre qu’il accepte ses contradictions : il peut faire de la frapcore d'un côté et de la pop de l'autre. Pour lui, être authentique signifie ne plus chercher à plaire à tout le monde, mais laisser chaque facette de lui s'exprimer pleinement.

Dans Régulation, l’artiste explique bien la situation actuelle du marché musical : « Viens pas dans le rap c’est déjà saturé ». Il est marqué par une uniformisation où les morceaux sont calibrés pour les algorithmes et les playlists éditoriales. Toutes les semaines nous sommes surstimulés de dizaines, voire de vingtaines de projets qui sortent dans la même journée. Beaucoup de ces projets se ressemblent, reposant sur la même recette du succès, avec souvent, peu de renouveau. 

En s’affranchissant des structures classiques, Vald affirme sa singularité. Il livre une musique authentique : il fait ce qu’il veut, quand il veut,  prouvant que le succès ne résulte pas d’un lissage artistique. Avec Pandemonium, il réalise un démarrage massif de 3,35 millions de streams en 24 heures et devient rapidement disque de platine. Ce positionnement repose sur une indépendance totale via son label Échelon Music. Au même titre que PNL ou Freeze Corleone, il ne suit pas les schémas marketing des majors. Aujourd'hui, Vald remplit des arénas tout en conservant une image d'artiste authentique et fidèle à lui-même. En bref : la recette parfaite pour bâtir une carrière durable et s’extraire des succès éphémères. 

 

Si nous avons quelque chose à retenir du V en 2025, c’est qu’il fait bien partie des figures emblématiques du rap français. Il a montré qu’il pouvait avoir un parcours atypique, rejeter les attentes du marché, et pourtant remplir la plus grande salle d'Europe. Pour lui, la meilleure façon de se renouveler n'est pas de suivre la mode, mais de fragmenter son propre personnage pour être un artiste avec un grand A, sans jamais se trahir. 

 

 

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