Alaska, le froid de l’été signé AKISSI

En pleine canicule, alors que Paris affiche plus de 40°C, AKISSI choisit pourtant de nous plonger dans le froid glacial de l'Alaska. Un pari audacieux, à l'image de l'artiste : déjà reconnue pour son insolence et son franc-parler, elle dévoile aujourd'hui son nouveau single aux sonorités dansantes, deuxième collaboration avec le beatmaker Samoss. Derrière cette énergie pop et estivale se cache pourtant un texte bien plus mélancolique, entre introspection et solitude. Un morceau plein de contradictions assumées qu'AKISSI nous explique au long de cette interview.
Par Agathe Longin

Parfois, un morceau doit être écouté sous toutes les coutures pour que l'artiste en soit satisfait. Parfois c’est bien plus spontané que ça : « Je me baladais sur YouTube et je suis tombée sur la prod. J'ai directement posé dessus, vraiment sans me poser de questions. » Un instinct créatif qui donne naissance à une connexion plutôt hasardeuse. AKISSI nous confie : « Le beatmaker, je ne le connaissais pas du tout. Par hasard, trois semaines après il m'envoie un message en me disant : “J'suis chaud qu'on fasse du son” [...] c'est comme ça qu'on a commencé à faire du son. » Une collaboration qui perdure puisque Samoss et AKISSI ont d’abord diffusé le titre $imple, puis Alaska et un troisième titre qui serait déjà prêt à sortir. 

AKISSI n’a jamais visité l’Alaska. Pourtant, le froid, les grands espaces et l’isolement sont l’image qu’elle se construit de l’État des États-Unis. Et c’est cette vision qui traverse la construction de ses morceaux. Elle accorde une grande importance aux visuels qui accompagnent ses sorties, et apporte le coup de grâce avec le shooting d’Alaska signé Coline (@icloneee). On y retrouve une AKISSI en plein Paris, emmitouflée dans une fourrure accompagnée de ses skis et de son masque. Une réelle contradiction avec la météo actuelle qui annonce plus de 40°C à la capitale. « J'ai toujours aimé les contradictions, tous les petits trucs un peu loufoques, un peu what the fuck.[...] Je trouve ça intéressant un peu de faire des choses un peu décalées », nous explique-t-elle. Un contraste marqué que l’on retrouve également dans les sonorités. Musicalement, le titre laisse présager une mélodie douce, presque mélancolique ou triste. Pourtant, dès que les premières notes se jouent, on est surpris par une prod pop, joyeuse et entraînante : « T’es vraiment dans l’énergie de l’été. » Mais si l’on prête plus attention aux paroles, on se rend compte qu’il y a bien « une forme de mélancolie, d'introspection » qui nous étonne encore une fois. 


AKISSI pour le shooting de son single Alaska © @icloneee (Instagram)

« J'sais pas si quelqu'un m'entend, mais bon. » Dès les premières secondes du morceau, AKISSI pose le ton. Une phrase qui n'a rien d'écrite, plutôt sortie instinctivement au micro, dans un moment où l'artiste renouait avec la création après plusieurs mois d'absence. « Ça faisait quelques mois que j'avais pas sorti de son. J'étais un peu dans ma grotte », confie-t-elle. Un repli qui n'a rien d'un mal-être profond, mais plutôt d'un quotidien solitaire, propice à l'introspection. Et c'est justement dans cet isolement qu'elle puise sa matière : « La solitude, la tristesse, toutes les émotions qu'on pourrait qualifier de négatives, en vrai souvent c'est des super moteurs. » Une philosophie de création qu'elle partage sans détour, consciente qu'elle n'est pas la seule artiste à fonctionner ainsi : « J'ai l'impression que c'est quand t'es vraiment au plus bas, ou que t'as l'impression d'être tout seul dans ton truc, que t'arrives à faire des trucs de zinzin. »

Mais Alaska, ce n'est pas seulement un morceau sur l'isolement. C'est aussi, comme souvent chez AKISSI, une ode à l'ambition et à la réussite. Dans ses lignes, elle évoque vouloir « graver son blaze dans le Walk of Fame », une image forte qui, une fois creusée, en dit long sur sa vision des choses : « En vrai j'en ai un peu rien à péter de la fame. » Ce qui l'intéresse, plus que la célébrité en elle-même, c'est ce qu'elle permet de construire : « Quand tu deviens une personnalité publique, tu peux rapidement monétiser ton lifestyle et donc atteindre une certaine richesse. » Pour AKISSI, la réussite est avant tout un ensemble : « Un épanouissement personnel, professionnel, financier. » Une notion qu'elle façonne à son image depuis ses débuts, et qui reste centrale dans chacun de ses projets.

Avec ce single, l'artiste signe également son deuxième titre aux côtés de Samoss, une collaboration qui lui permet d'explorer des sonorités éloignées de son univers habituel. Une prod plus pop, plus instrumentale, portée par la culture musicale du beatmaker : « Il a une grosse culture musicale au niveau de la pop, du rock. [...] Ça amène une richesse tout de suite, même au niveau de l'arrangement. » Un exercice qu'elle ne considère pourtant pas comme une sortie de sa zone de confort, du moins pas dans la forme. « Je sais chanter, je sais rapper », rappelle-t-elle, avant de nuancer : le vrai défi se situe ailleurs, dans des morceaux plus « deep », plus sentimentaux, là où la pudeur reprend ses droits. Une manière, pour AKISSI, de casser les cases : « J'ai envie de montrer aux gens que je veux pas être limitée juste à la trap. J'adore la trap, mais j'aime faire autre chose aussi. »


AKISSI pour le shooting de son single Alaska © @icloneee (Instagram)

Une chose est sûre : AKISSI ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Quand on lui demande à quoi ressemblerait la dernière scène de sa vie si elle était un film, la réponse ne se fait pas attendre, à l'image de son ambition assumée : « Elle retranscrirait bien l'opulence. » Une scène finale qu'elle imagine comme la preuve physique de tous ses accomplissements, de tous les projets menés, de toutes les batailles. En attendant ce dénouement, Alaska s'impose déjà comme une pièce essentielle de son parcours : un morceau contradictoire, à son image, entre froid et chaleur, mélancolie et légèreté, solitude et ambition.

 

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