Mathilde est là depuis le jour 1. Elle nous a accompagnée dans le développement de NOWZI, sa construction, alors qu’il n’y avait rien. Aujourd’hui, elle est la première bénévole du magazine à manager ses propres équipes de graphistes dans la maquette. C’est elle derrière la mise en page de chaque magazine, elle qui coordonne le tout et fait le lien avec la rédaction aux côtés de la rédactrice en chef.
Aujourd’hui, c’est vers elle que l’on se tourne pour entendre et faire découvrir son histoire.

N : Depuis quand bosses-tu avec NOWZI et quel est ton rôle au sein du magazine ?
M : Ça fait bientôt 2 ans que j’ai rejoint le projet, et surtout l’idée à l’origine de NOWZI. En effet, je suis présente depuis quasiment le début, lors des prémices du magazine papier, où j’intervenais en tant que graphiste. Si je devais donner une date, je dirais autour de juin 2024. Depuis, le projet a pris de l’ampleur : les équipes se sont agrandies et plusieurs magazines sont sortis. Aujourd’hui, je fais partie de la direction artistique en tant que cheffe maquettiste.
N : Tu as rejoint NOWZI à ses prémices. Qu’est-ce qui fait que tu as parié sur ce magazine ? Et qu'est-ce qui te plaît particulièrement dans ton travail chez nous ?
M : Yes, j’ai parié sur NOWZI parce que j’y crois et que j’ai envie d’y croire. Ça fait maintenant 6 ans que je suis en études de graphisme et mon objectif depuis le début, et ce pourquoi j’ai souhaité intégrer le monde de la création, est de pouvoir travailler pour un magazine traitant de la culture hip-hop et du monde du rap, plus précisément. Les étoiles se sont alignées quand j’ai appris qu’on cherchait des bénévoles pour monter le projet dont j’ai toujours rêvé.

N : C’est quoi la différence entre cheffe maquettiste et maquettiste ? En quoi ton rôle change-t-il ?
M : Déjà, maquettiste, c'est un métier dans une branche du graphisme. Pour faire large, il travaille dans la mise en page de magazines ou de livres par exemple.
Aujourd’hui engagée dans la 3e édition, j’occupe depuis le second numéro le rôle de cheffe maquettiste. Je conçois la mise en page avec trois autres graphistes que je coordonne, je peux être amené à superviser des shootings photos, j’échange avec l’équipe de la rédaction pour suivre la bonne avancée des articles, je veille à l’harmonie des pages et je suis aussi en relation directe avec l’imprimeur pour les tirages des exemplaires. En bref, je veille au bon déroulé de la création éditoriale.
N : Tu es encore en étude de DN Made graphisme à La Martinière Diderot, comment tu couples NOWZI avec ton cursus académique ?
M : C’est pas toujours évident de coupler mes études et le magazine, mais quand on veut on peut, j’ai envie de dire, quitte à gratter sur ses heures de sommeil *rires*. Je vis ma passion en ce moment, une passion qui prend du temps certes, mais c’est ce qui m’anime. Et surtout, je n’aime pas les pauses, j’ai constamment besoin d’avoir quelque chose à faire, d’entamer un nouveau projet donc quand c’est pour quelque chose qui te plaît, tu t’organises pour.
N : Selon toi, est-ce nécessaire de faire des études pour vivre du graphisme ?
M : C’est une très bonne question à laquelle je suis confrontée en arrivant à la fin de ma licence. Je dirais que c’est 50/50 et ça dépend surtout du milieu qu’on vise dans le graphisme, du secteur dans lequel tu envisages ton avenir. Pour moi, le talent et l’implication que tu mets dans ton travail dépassent ce que tu mets sur ton CV, mais après, faut demander aux agences et aux studios parce que généralement, les entreprises regardent si t’as un bac+5 avant de s’intéresser à ce que tu fais de tes mains et je trouve ça dommage. Ça ferme des portes à ceux qui n’ont pas eu la chance de faire des études.
L’école te propose un cadre et un axe de travail, elle t’apprend aussi la technique, mais tu peux avoir un bac+12, si t’as pas de talent ni de passion ça ne sert à rien. Il vaut mieux pousser à fond ce que tu veux faire et le reste suivra. À la fin, les gens remarquent et applaudissent ton travail, pas ton CV.

N : Est-ce que si tu devais te spécialiser tu irais forcément vers la maquettes/l’édition ou tu te tournerais plus sur autre chose ?
M : Franchement oui, j’aime trop ça. Je crois que c’est dans l’édition qu’est ma place, tu peux faire tout ce que tu veux, c’est méga créatif en vrai. Là je réfléchis à ma poursuite d’études en graphisme, j’ai candidaté essentiellement dans des spécialisations en édition et typo. On verra ce que ça donne mais quoi qu’il arrive, ça restera dans l’édition.
N : Comment vois-tu la suite, une fois que tu auras fini tes études ?
M : C’est deep comme question *rires*, mais dans l’idéal je suis sur Lyon (rpz) ou sur Paris, je bosse toujours avec NOWZI et le mag est devenu super famous. Non, en vrai j’espère rester dans le monde de la culture et pas loin de la scène rap parce que j’adore ça ! Que ce soit faire des covers, des articles ou des photos d’artistes, peu importe. Je me vois assez libre je crois et probablement à mon compte si ça marche.
N : Tu as aussi fait des stages dans plusieurs magazines. L’édition ça t’as toujours attirée ? Si oui, pourquoi ?
M : De manière générale, j’ai toujours été attirée par l’image et le graphisme. L’édition est venue progressivement, à travers mes stages ou les projets de cours. À la base, je suis aussi très cliente des magazines, j’en ai une étagère pleine ! C’est ce que j’aime : la photo, la typo et quand tu mixes tout ça, tu retrouves l’édition. Je pense que c’est un domaine qui, à l’inverse de ce qu’on pourrait croire, n’est pas du tout répétitif. Tu dois réfléchir à de nouveaux concepts et te réinventer constamment.
En plus, t’as accès en avant-première aux articles donc t’apprends des choses aussi !
N : Qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans le travail de maquettiste ?
M : Je pense que j’y ai un peu répondu précédemment, mais il y a aussi le fait de voir se construire un projet d’ensemble petit à petit. Voir l’évolution, construire quelque chose à partir seulement d’une grille et du format de base. Tu testes et puis tu vois ensuite ce que ça donne.
N : En dehors de NOWZI, tu fais aussi pas mal de projets. Est-ce que ton entourage t’inspire dans tes créations ?
M : C’est obligé je pense, j’ai des idées qui émanent d’une discussion, d’un moment vécu. J’ai eu la chance que parfois mes proches me servent de modèles pour des photos que j’avais envie de réaliser, par exemple. Je pense que, même si ce n'est pas mon entourage qui m’inspire et sur lequel je m’appuie directement et consciemment, il y aura forcément un lien avec eux de près ou de loin. Avec le temps, je me suis construit un cercle proche dans le même univers que moi, ça aide à évoluer j'imagine.
N : Au-delà de ton entourage, qu’est-ce qui t’inspire pour créer ?
M : Mon feed Instagram et Pinterest lol. En vrai, dès que je vois un truc sympa, je l’épingle et l’enregistre dans un tableau et je me dis que « moi aussi je veux créer quelque chose comme ça ! ». Tout ce que je vois m’inspire, que ce soit dehors ou sur internet. Je veux créer ce que j’aime voir et être ma première cliente (ça paraît logique). Je fais beaucoup de concerts aussi, la culture rap m’inspire, c’est sûr.
N : Depuis peu, on te voit aussi dans les crédits photos des événements. Est-ce que la photo d’événement c’est quelque chose qui te parles ?
M : Oui ! Depuis longtemps, j’aime aussi la photo. J’ai commencé de mon côté avec un petit appareil compact. Ce qui m’intéressait, c’était de rester discrète, même si j’avais un gros flash *rires*. Je l’emmenais partout avec moi, dans ma sacoche, sur tous les événements et particulièrement sur les sessions d’open mic. De manière générale, mon objectif avec la photo est de figer l’instant, un mouvement, capturer un moment intense pour en garder une trace. Ce ne sont pas des photos produites avec des concepts réfléchis, j’aime justement ce laisser-aller. Ça me permet aussi d’aller à la rencontre des gens : bam ! je vois un p’tit groupe de gens stylés, je leur demande de me regarder et hop, j’ai ma photo !
©Mathilde Pigault
N : Qu’est-ce que tu trouves le plus fou dans ce métier ?
M : Je ne sais pas trop. Au sens littéral, ce qui me rend folle, c’est les allers-retours infinis avec les clients parce qu’ils n’arrivent pas à exprimer leurs idées, mais ça c’est dans le graphisme général… Avec NOWZI, ce que je trouve zinzin, c’est de travailler avec des artistes que j’écoute à la base. Imagine que tu découvres un artiste, que tu l’écoutes tous les matins dans le métro et que, trois mois après, tu en fais un article ! Un autre truc fou, c’est les retours des gens sur ton travail : quand on te complimente au hasard sur ce que tu fais, c’est génial.
N : Comment décrirais-tu ton univers créatif en 3 mots ?
M : Organique, introspectif et marécageux (faut avoir la ref désolé *rires*)

N : Qu’est-ce qui t’as surpris dans le métier, qu’on nous dit pas forcément ?
M : Que ce n’est pas toujours évident et parfois épuisant. Dans les métiers de la création en général et surtout dans le graphisme, ton cerveau est en constante ébullition : tu réfléchis à ta prochaine idée et à ce que tu dois faire du matin au soir. C’est donc parfois fatiguant, mais ce qui m’a surpris, c’est que c’est le seul point négatif. Quand tu trouves ton rythme, tout est cool, c’est un métier passion ! Ah si, parfois c’est un peu frustrant quand ta proposition ne correspond pas à toute l’équipe, mais c’est aussi le but du jeu.
N : Tu as d’autres passions ? Lesquelles ? Parles-nous en un peu !
M : Je ne sais pas si on peut appeler ça une passion ,mais les concerts ! Si je pouvais me transformer en un concept, ce serait en ça *rires*. C’est comme une bulle pour moi, un moment où je ne pense à rien d’autre que ce que je suis en train de vivre, un moment partagé avec d’autres gens qui prennent plaisir aussi, le pouvoir de la musique finalement. On n'oublie pas les festivals évidemment.
Les chaussures aussi, j’ai une micro collection mais si je pouvais mettre une paire de sneakers chaque jour, crois moi que je le ferais. Par contre pour rien au monde je ne remplacerai mes super TN.
N : Quelle est la chose la plus audacieuse que tu aimerais réaliser cette année ?
M : J’aimerais me remettre à la photo correctement, même si c’est juste pour du perso. J’aimerais aussi être acceptée dans une école à Paris parce que je pense y vivre. C’est déjà pas mal ambitieux *rires*. Il y a tellement de choses à faire et à explorer… et pas mal d’opportunités à décrocher aussi !
N : Quel conseil donnerais-tu à quelqu'un qui veut se lancer dans un métier culturel aujourd'hui ?
M : Teste des choses, rate, cherche, recommence. Crois en toi, ça finira par marcher, il faut juste se trouver, arriver à comprendre qui l’on est, mais de toute façon ça vient avec le temps. Prends-toi des murs aussi, ça fait mal sur le moment, mais ça te pousse à faire encore mieux. Vise des objectifs hauts, tu les atteindras un jour. Mais surtout, fais-toi kiffer, c’est l’objectif premier.