J2LASTEU, la star de l'ombre

Refusant habituellement les interviews, J2LASTEU a accepté de se livrer à NOWZI dans un tête-à-tête exclusif. Il nous rappelle qu’il est important de garder les pieds sur Terre dans un monde qui va à toute allure. Son parcours, son rapport à la musique, ses doutes et ses ambitions : plongée dans l’univers d’un rappeur qui a conquis l’Europe avant la France. 
Interview et article par AGATHE LONGIN. 

Avant de devenir un single d’or, Kush aurait très bien pu rester dans l’ombre. D’un naturel nonchalant, J2LASTEU sort le premier single d’une longue série de freestyles du même nom : « J'étais dans une mentale où je me disais “ok, ce clip là, c'est soit il pète et je continue, soit c’est le dernier”, et il avait pas pété », nous explique-t-il avec détachement. Guidé par l’instinct, l’artiste décide finalement de redonner une chance au morceau. Il poste d’abord un extrait sur Instagram, y ajoute une petite promo, et se réveille le lendemain avec une agréable surprise : « Je me lève et là je vois 18 000 vues. Puis tous les jours ça prenait 10 000, 10 000, 10 000. Et à partir de là, ça a commencé ». Le phénomène s’enclenche et Kush devient un incontournable de sa discographie, signant le début d’une belle carrière.

Alors que son ascension débute seulement, il remarque avec surprise que son public n’est pas du tout issu de la France. C’est plutôt le territoire européen qui s’y intéresse : l’Allemagne, la Russie, l’Italie etc. « Jusqu'à aujourd'hui je n'ai toujours pas compris pourquoi. Alors j'ai arrêté de chercher », sourit-il. 

Derrière ce talent percutant se cache un humain qui tient à tout prix à garder sa vie privée : « J’ai pas envie de me dévoiler. Ma musique suffit ». Le mystère assumé autour de sa personne nourrit-il son authenticité ? Il l’explique mieux que quiconque : il ne joue aucun rôle, « J2 il est vrai », dit-il simplement. Ce qu’il partage, il le vit, et ce, même en le romançant quelque peu, il estime que 90% de ses textes sont tirés de son réel. À mille lieux de la recherche de buzz, il prend du recul sur la notoriété en nous expliquant : « Pour l'instant, j'ai envie de séparer un peu aussi l'humain et la musique. (...) Tu vois, quand je marche en France je suis tranquille et quand je vais en Allemagne par exemple, il y a plein de petits qui m’offrent des cadeaux, viennent me voir et j’aime bien, c’est gratifiant de fou ! Mais c’est vrai que le fait de ne pas avoir grande notoriété en France me convient aussi, comme ça je garde ma vie privée, qui est très importante à mes yeux ».


J2LASTEU POUR NOWZI MAGAZINE
© NANA GARGAR


Avant tout, J2LASTEU c’est de la passion. C’est cette énergie qui le pousse à continuer de partager son art avec nous, ses fidèles auditeurs. Raison de plus pour garder les pieds sur Terre et prendre de la distance : « Je prends la musique de loin un peu (...) je veux que ça reste une passion sans m'étouffer avec la pression ». Inconnu du syndrôme de la page blanche, J2 voit les prod lui parler alors qu’instinctivement il se met à écrire. Même signé en label, il ne s’est jamais plié à la cadence de l’industrie. Aujourd’hui, il est à nouveau indépendant et reste catégorique sur ce statut : « T’as pas de restriction, tu fais ce que tu veux ». Il compose à son rythme, parfois en solo, parfois en connexion totale avec d’autres artistes venant des quatre coins de l’Europe. Et, quand il sent qu’il faut se couper du monde, il part en séminaire. De Berlin à Athènes, en passant même par Montpellier, à chaque fois, c’est sa bouffée d’air lui permettant de se recentrer sur son art. Son meilleur souvenir reste son premier séminaire berlinois où ils se sont enfermés à dix dans un appartement : « La journée c’était du son, le soir des soirées, mais en même temps y’en avait qui faisaient encore du son, ça ne s'arrêtait jamais ».

Si sa carrière est marquée par son internationalisation, J2LASTEU n’en reste pas moins fidèle à la France. Après avoir accumulé de nombreux featuring qui traversent les frontières - Villabanks, Niko Pandetta, 65Goonz ou Beyaazz, pour ne citer qu’eux - J2LASTEU a su s’imposer comme un artiste au langage musical universel. Pour autant, il reste attaché à la France, où il amorce des featurings plus locaux avec Favé et encore TK. Restant ancré dans ses valeurs, il insiste cependant : « Je favorise beaucoup l’humain avant de faire un feat ». Une belle mentalité qui fait plaisir à retrouver dans une industrie parfois meurtrie par la soif de réussite. « Tous mes feat sont importants, c’est un truc qui m’apporte de fou; tout est à la même échelle », souligne-t-il.

Jusqu'à aujourd'hui, l’artiste a su nous prouver ses capacités d’adaptation sur différents types de son. De la trap au new jazz en passant par des mélodies plus douces, l’artiste ne cesse de nous impressionner. Et visiblement, ce n’est pas fini : « Là, j'ai envie de faire un petit run en solo d'abord. Pour leur montrer ce que je sais faire », nous révèle-t-il d’un ton confiant. 

Chez NOWZI, on attend plus que de le voir sur scène pour être conquis. Après plusieurs showcases réussis en Allemagne et en Suisse, l’artiste ne semble pas vouloir s’avancer sur le devant de la scène française pour le moment : « Il faut d’abord conquérir la France avant d’y faire quelque chose ». Pourtant, il ne se ferme aucune porte : « Je suis loin d’en être là, mais Bercy ce serait un truc de malade ». 

Même s’il clame un certain « je-m’en-foutisme» artistique, J2LASTEU accorde de l’importance à la mode. Pas forcément aux défilés ou aux Fashion Weeks, mais à ce qui lui parle. Il soutient notamment ses potes de Scientist Lab, marque underground qu’il porte avec fierté : « C’est super beau, objectivement ». En ce qui concerne son merch, cela rejoint sa volonté de créer quelque chose de propre à lui. Il nous explique : « La prochaine fois que je ferai du merch, en fait, j'ai même pas envie de faire du merch. Je veux créer une marque propre à moi avec un vrai nom, une vraie identité. Pas un truc à la con avec une vieille qualité. Un vrai truc, une vraie direction artistique. Ça me parlerait plus que du merch ».

À l’heure où tout le monde cherche à briller, J2LATSEU choisit l’ombre pour mieux faire parler sa musique. Sans artifice, il trace sa route en dehors des sentiers battus. Ni carriériste, ni influencé par les modes, il impose un nouveau rythme : le sien. Celui de l’instinct, de l’humain et surtout, de la passion. J2LASTEU n’est pas là pour séduire, il est là pour exister. Et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour laisser une trace. 

 

Retrouve l'article de J2LASTEU dans l'édition n°1 : SUMMER25 en version papier !





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