Mario Roudil, Réalisateur de rêves. L'interview.

En septembre dernier, l’équipe de NOWZI a eu la chance de rencontrer Mario Roudil, probablement le réalisateur de vos clips favoris. Il multiplie les projets, parfois au détriment de sa vie personnelle, mais il vit avec passion. Au cours d’un long échange, on a pu en découvrir un peu plus sur son parcours de vie, son évolution et ses ambitions.
Interview par Agathe LONGIN. 

 

Comment tout a commencé pour toi ? C’est quoi le parcours qui t’amène ici aujourd’hui ? 

Je pense qu'il y a plusieurs démarrages quand tu commences. Avec la naissance de la curiosité vers mes 6-7 ans, où j'ai commencé à vraiment me tourner vers la vidéo et à y trouver un grand intérêt. Après, il n'y a que des espèces de mini-confirmations, des paliers : ça commence par la première caméra, l’inscription en option audiovisuelle à Valence, le lancement de 23Megabits avec mon ancien pote Bastien. Mais finalement, c’est en novembre 2019 que je me suis vraiment lancé : quand j'ai quitté les études au bout de deux mois de fac parce que je détestais ça. J'étais hyper malheureux, je ne me sentais pas aligné avec moi-même et après un appel avec ma belle-mère et une interview de Jacques Brel, je me suis dit : « Ok, j'ai qu'une vie ». C'est très cliché, mais je pense que ça part vraiment de là. Entre l'entendre et le comprendre, il y a un gros fossé et le jour où je l'ai compris, ça m'a sauté à la gorge, comme une fièvre. Il ne faut plus que je laisse une seule journée de ma vie se dépenser sans qu'il y ait un but derrière. C’était un peu trop performatif au début, j’avoue *rires*. 

Ton lien au cinéma, il naît comment ? 

Alors, en fait, mes parents sont séparés. Mon père, je ne le voyais pas souvent et au début, c'était assez dur pour moi de l'identifier comme mon père parce que j'avais un beau-père du côté de ma mère. Je pense que dans un souci de se distinguer un peu, il a voulu créer du lien comme il pouvait parce qu'il était très pris par son travail. Il avait une grosse culture cinématographique et il a vite capté que c'était ce qui pouvait nous rassembler. Donc, on avait un rendez-vous fixé pour aller au cinéma. Quand j'étais chez lui, c'était un peu la porte ouverte à ce monde parce qu'on pouvait regarder jusqu'à 5-6 films dans le week-end. Je n'ai raté quasiment aucune sortie. 

Puis, il a fait une sorte d'erreur quand j'étais petit. Il me montrait beaucoup de films d'horreur, et pour ne pas que j’en parle à ma mère et que je fasse des cauchemars, il me montrait les bonus DVD. Je pense vraiment que c'est parti de là. Un film classique, ça ne durait pas 2 ou 3 heures comme la plupart, ça pouvait durer 4 ou 5 heures parce que je devais regarder les commentaires audio, les behind the scenes, les making-of, les trailers, les bonus, les interviews des équipes, etc. 

Ça t’a aussi donné envie de rentrer dans ce monde-là ?

De ouf. Je voyais des grands adultes qui s'amusaient avec des jouets qui coûtent très cher. Quand je regardais Pirates des Caraïbes, je regardais les making-of. Je voyais Gore Verbinski avec des plasticiens, des prothèses, qui mélangeait du numérique, des fonds verts, et d’un coup, tout devenait des univers marins. J'étais comme un malade devant tout ça. Je ne voulais pas devenir cowboy ni astronaute, j'avais envie de faire ça. Je pense que tu peux retrouver des vidéos de moi, depuis mes 7 ans, où je dis que je vais être réalisateur de cinéma. 

C'était vraiment ton rêve de gosse quoi !

Et je n’y suis toujours pas, c'est ça qui est génial, c'est qu'il reste du chemin ! Là, j'ai 23 ans donc je suis encore au tout début. 

Tu n’y es pas encore mais tu as déjà parcouru un beau chemin ! Se faire une place - notamment dans la musique - ça a été dur ? 

C’est quoi le mélange ? Est-ce que j'ai eu de la chance ? Est-ce que j'ai énormément bossé ? Est-ce qu'à la fois je le mérite ou c'était facile pour moi ? J'ai une réponse qui est complète et pas complète : franchement, j'en ai méga-chié. Je crois que le terme sacrifice marche bien. À 18 ans, au lieu d'aller en boîte, de sortir, de voir des potes, de sociabiliser ou même d’avoir une vie sentimentale, je ne faisais que ça. J'étais le pote qu'on laissait dans le bureau en disant : « Tu es sûr que tu ne veux pas sortir ce soir ? » et j'expliquais que j'avais vraiment un avenir à rencontrer et que je n'avais pas le choix. Je ne me suis mis aucun plan B. Je crois que quand je repasse les étapes de ma vie, que je retrouve des textes qui parlent de comment je me sentais à cette époque-là, je ne voudrais jamais la revivre, je ne sais même pas si je serais capable de le faire une deuxième fois. Par contre, je savais exactement pourquoi je le faisais.

Justement, quel serait le conseil que tu donnerais à un mini toi, qui rêve de se lancer ?

Tout est une affaire de précision, plus tu es précis sur tes envies, plus tu sauras où chercher. J'ai remarqué que quand je demandais des conseils à des gens qui avaient exactement la situation que je voulais, j'obtenais des réponses qui me rapprochaient un peu plus de cet objectif. Alors que demander à mes parents, ça ne sert à rien. Demander à des gens qui n'ont même pas un alignement de vie qui est celui que tu vises, ça ne sert à rien.

Qu'est-ce que je donnerais comme conseil aux gens ? Il faut rester spontané, mais se poser les vraies bonnes questions. Je trouve que c'est toujours plus facile d'aller vers un truc qui t'amuse. Je crois que c'est le conseil que je donnerais le plus aussi : précision et amusement. 

Est-ce que c'est important de ne pas sauter sur toutes les occasions pour dire de faire, mais surtout d'aller vers des choses qui te parlent, où tu vas pouvoir créer quelque chose avec de l'émotion ?

Au début, c'est intéressant. C'est normal quand tu te lances : tu prends un peu tout ce que t'as parce que tu es déjà tellement content d'être là et de t’être lancé. Des fois, tu auras des petits choix de vie à faire et il ne faut pas s'en vouloir. Je devais faire le clip de Kongolese sous BBL de Théodora et on m'a proposé ça sur une période où, pour une fois, j'avais pris des vacances avec ma fiancée. Je ne donne pas assez de temps à mes proches et j'essaie de m'améliorer. Ça tombait en plein dans ces mois-ci et je me suis dit : « Encore un énième clip ou partir en vacances ? ». Je suis parti en vacances. Aujourd’hui, quand je vois ce que ça a donné, je me dis qu’il n'y a pas de regrets à avoir parce que si ce n'est pas toi qui le fais, il y a toujours quelqu'un pour prendre le projet et je n'aurais pas fait mieux. Tout arrive pour une raison. 


MARIO ROUDIL POUR NOWZI © NOAH PARISOT

Selon toi, quelle est la place d'un réalisateur dans l'industrie musicale ? 

Plus personne n’a vraiment de place. Même les clips, on pourrait poser la question de la place du clip actuellement. Il y a tellement de gens qui n'aiment pas l'exercice. Ils ne vont pas tous s'appliquer comme un Laylow. Ce n’est pas tout le monde qui a envie de produire des bons visuels cohérents sur le long terme. Par exemple, on m'avait appelé pour un clip pour Bekar et SDM, c'était un appel d'offres où tu es en concurrence avec 3 autres réalisateurs et où les artistes ne savent pas du tout qui tu es. Aujourd'hui, les réalisateurs ont la place qu'ils s'autorisent à avoir, comme les ingé sons, comme pour tout le monde. 

Quand Marius Gonzales et Josman font des collabs, c'est qu'ils ont écrit une relation long terme. Josman a l'intelligence de se dire : « Ce gars je dois le garder pour maintenir une cohérence ». Il sait que le réal est un auteur et les équipes aussi. D'ailleurs, les meilleurs réals sont aussi ceux qui gardent les équipes sur du long terme. Pour moi, la place des réals n'a jamais été aussi instable, parce que les rappeurs les ont rendus interchangeables. Quelques-uns sortent du lot, des réals oseront se mettre en avant. Tu as l'importance que tu t'accorderas à mes yeux. 

Et le rôle des équipes ?

Sur un tournage, je valoriserai toujours mes équipes aux clients. L'important, c'est les équipes. 

Tu as pu travailler avec des artistes que tu admires. C’est quoi la limite entre professionnalisme et admiration ? 

En fait, la vie c'est génial parce que ça part dans tous les sens. Je pense que le côté groupie, moi, je l'ai toujours assumé avec les artistes avec qui je travaille. Par exemple, Di-Meh, c'est un artiste que j'ai approché en lui disant : « Écoute, t'es un de mes top rappeurs. Par contre, je te le dis, moi, je vais te faire un de tes meilleurs clips ». J’adore ton travail, mais ce n'est pas pour autant que je ne vais pas te prendre comme un artiste pour qui je dois produire. Et je n’ai jamais caché mon appréciation pour le travail de quelqu'un. Inoxtag, quand on a bossé ensemble, il m'a demandé si je regardais ses vidéos. Je lui ai répondu que non. Puis il m’a demandé ce que je pensais de ses clips et je lui ai dit : « Je trouve ça pas bien ». Il m'a pris parce que j'avais été honnête. Je me souviens, il m’a dit qu’il avait apprécié que je sois honnête car si j’avais juste suivi son sens, il n’aurait pas pu pousser sa vision plus loin et je n’aurais pas pu lui apporter quelque chose en plus. Sans être condescendant ou manquer de respect, tu peux juste être toi. 

Comment décrirais-tu ton univers, ta direction artistique, cette touche personnelle que tu mets dans chaque projet ? 

J'ai trouvé la réponse il y a quelques jours parce que je ne sais jamais trop comment la décrire avec des mots. Et le point commun à tout c’est l'amour. Je mets énormément d'amour. Je crois vraiment que c'est une DA. Mes plus mauvais clips sont ceux où il n'y a pas d'amour et donc, pour moi, il n'y a pas de DA. Pourquoi est-ce qu'il y a une cohérence entre un clip pour Michou et un clip pour ADVM ? C'est parce qu'il y a de l'amour. Il y a de l'amour dans le processus, il y a de l'amour pour mes équipes, il y a de l'amour pour les effets. C’est ce qui fait que je peux me migrer à n'importe quel type de projet. Si le projet de Sabrina Carpenter me parle, il y aura de l'amour dedans et c'est comme ça qu'on reconnaîtra ma patte.

Tu arrives à déconnecter, à faire des pauses et souffler un coup ? 

C'est le gag avec mes proches. Ça fait bientôt 1 an et demi-2 ans que je dis que je vais arrêter, que je vais faire des pauses, que je vais prendre du temps et ça n'arrive pas. J'ai beaucoup de FOMO et un peu comme un Louis de Funès, j'ai toujours l'impression que ma carrière va s'arrêter. Je fais des cauchemars où je retourne au McDonald's… Alors oui, il me reste beaucoup de paliers avant de retourner au McDonald's, mais je suis persuadé que ça va arriver un jour. Du coup, j'accepte beaucoup de missions.

Mais là, je commence quand même à trouver plus de paix. Le fait d'avoir un couple, d'avoir des amis : je chéris de tout cœur mes amis d'enfance parce que ce sont les premiers à me dire : « Nous on te connaît depuis le début donc on sait quand c'est trop, il faut que tu calmes, ça ne changera pas ta valeur aux yeux des gens ». Ce sont des questions et des angoisses personnelles qu'il faut que je calme, mais j'espère pouvoir faire des pauses. Déjà, je fais des pauses musicales où j'écoute moins de musique. En ce moment, je suis très jeu vidéo, parce que c'est le seul secteur que je n'ai pas encore torpillé. Il y a encore un côté un peu magique dans mes yeux. J'ai besoin de manger un peu autre chose. En ce moment aussi j'achète beaucoup de blu ray et je me mate plein de bonus, ça me fait trop plaisir. 

Réaliser des clips constamment doit être épuisant d’un point de vue créatif. Est-ce que c’est difficile de te renouveler dans cette industrie ? 

C'est difficile quand on en fait trop, c'est toujours le rapport quantité/qualité. Mais c'est épuisant créativement quand tu te forces à être créatif, je pense. Quand tu t'amuses, je t'assure que cela peut venir très facilement, parce que tu désamorces les enjeux. Ce qui est dur, c'est de créer un truc qui est à la fois pertinent, dans la tendance et qui va plaire aux gens. Des fois, j'ai des trous. Mais systématiquement, cette foutue page blanche j'arrive à la remplir quand j'en désamorce les enjeux. Je passe toujours par une grande période de stress qui conclut par : « Et tu sais quoi ? Au pire, le projet, je le perds. De toute façon, j'en ai marre de cette vie ». Ça passe toujours par un petit burn-out. Une fois que ça passe, je me dis : « Maintenant, je m'en fous ».  Les idées popent. Ça m'a fait ça pour La Cigale. On avait 32 visuels à créer, on n'était pas du tout inspirés et en fait, ça se débloque tout seul. Puis au début je faisais de la merde. Je crois que les gens ne le disent pas assez quand ils font des interviews. 

En tant que réalisateur, tu penses avoir la capacité de raconter une histoire  ?

Oui, je pense que quand on dit que c'est un langage, c'est comme quand tu as une interaction avec un humain. En fait, il y a des outils, il y a des mots, il y a des tons, je peux parler avec une voix un peu plus calme, je peux t'engueuler, tout ça, c'est des codes. Et le cinéma et la vidéo, c'est ultra codifié. Du coup, pour faire passer un message ou une émotion, il y a tout un panel. Pourquoi est-ce qu'à ce moment-là on cut ? Qu'est-ce que ce dynamisme vient raconter ? 

Dans un clip comme Gare Part Dieu de Richi, c'était au moment où j'allais partir de Lyon donc il y a une énorme nostalgie. Alors comment je fais ? Pour y réfléchir, je me dis : « Qu'est-ce qui rend nostalgique tout le monde ? Ce sont les souvenirs. Avec quoi on filmerait les souvenirs ? L’Iphone ou les vieux caméscopes ». Si je filme des moments d'amitié et de rigolade, ça va faire écho aux gens parce qu'on a tous vécu des fins d'été. Et donc, pendant l'été 2022, on a filmé ce clip avec Richi et j'y ai mis toute mon amitié. Encore une fois, la fameuse DA de l'amour. 

En 2024, tu as réalisé le clip de Notre Dame de Gazo, Tiakola et Angèle. Tu expliques sur tes réseaux qu’il a été réalisé en 10 heures. Tu as quand même réussi à y mettre un message ? 

J'aime toujours mettre un peu de sens. Notre Dame était un jeu de mots dans le son. J'ai pensé à la cathédrale Notre-Dame de Paris avec un plan 3D. J'avais essayé de mettre en valeur les trois protagonistes du son et montrer leur complicité sur scène. J'aime bien la nostalgie, je ne sais pas, je trouve que le son a une vibe presque un peu mélancolique. J'avais fait des tons très froids, j'avais mis un flash qui les iconise un peu. Il y avait un côté presque déshumanisant. C'est peut-être un de mes clips les moins colorés. On l'a réalisé en 10 heures, tourné en moins d'une heure : tout ce qu'on voit dans le clip a été tourné dans les loges au Solidays, complètement en impro. En fait, ils avaient besoin d'un visuel parce que le son sortait à minuit. C'était la première fois qu'ils étaient réunis tous les trois depuis des mois, parce qu'ils ont un emploi du temps très chargé. Ensuite, on les a eus 5 minutes sur scène, donc pour un total de 15 minutes filmées. Et on l'a monté le soir même en rentrant. S'il fallait le refaire, je le referais parce que c'était trop amusant.  On l'a fait ni pour l'argent, ni pour les grosses têtes. On l'a fait parce que c'était un challenge. 

Le 26 mai 2025, tu organises cet énorme concert à la Cigale. Comment tu te sens après cette étape majeure ? 

Tu m'aurais pris le jour même, je t'aurais dit l'homme le plus comblé du monde. Tu m'aurais pris une semaine après, je t'aurais dit l'homme le plus déprimé du monde. Je me suis senti très vide avec pas mal de remises en question, mais en fin de compte, je suis très fier de moi. Je crois que je n'ai jamais été aussi fier de moi et j'ai l'impression d'avoir réparé quelque chose dans ma perception de moi-même. C'est peut-être le truc le plus important que j'ai fait de ma carrière pour l'instant, évidemment. Je suis convaincu d'avoir fait un truc vraiment bien, parce que ça a nourri le cœur des gens, parce que ça a nourri le mien, parce que j'ai vu mes proches pleurer, parce que j'ai donné, je me suis fait kiffer, j’ai organisé le concert de mes rêves, avec tous mes meilleurs amis. Ça me fait pleurer quoi, ça m'a ouvert l'âme. Je suis très heureux. Je n’en demandais pas tant et en même temps, c'est grâce à moi que ça a existé, donc c'est merveilleux. Je pense que ça m'a redonné une confiance en moi pour la suite et pour être capable d'aller au bout des projets. 

La Cigale, c’est une référence ? 

Oui complètement. J'habitais Vaison-la-Romaine et toute mon enfance, c’étaient les cigales. Puis c'est une salle mythique où j'ai fait mes meilleurs concerts. Surtout Jacques Brel l’avait déjà faite. Je suis un fan inconditionnel de Jacques Brel. C'était l'impression de marcher dans les pas de mes idoles. Et puis surtout, toute la direction du projet était rouge, la veste, la salle d’enregistrement s’appelait le RedHall, la mixtape est entièrement rouge, le premier single de la tape s'appelait « Rouge » et la Cigale est rouge. Tout est lié, c'est un plaisir.

Et le 23 que l’on retrouve partout dans ton univers, ça vient d’où ? 

À la base c'est une vanne assez graveleuse, un peu naze. C'est drôle parce que c'est comme si plus j'avançais, plus je creusais, plus il y avait de sens. En numérologie, le 23, ça porte chance. C'est devenu un peu ma marque de fabrique, une sorte d'emblème. Il est présent partout : sur ma bague, sur mon corps en tatouage, c'est vraiment un catalyseur créatif. 

Je reviens sur certains clips, notamment celui d'ADVM « Comme la Bête ». On remarque une direction artistique un peu particulière.  Comment est-ce que tu as travaillé l'esthétique de ce clip ? Et d'où te sont venues toutes ces idées ? 

Ça, c'est le cerveau fou du formidable Tenzin. C'est une de mes premières co-réal, je n'en ai pas fait beaucoup, et j’insiste car il a beaucoup apporté, il y a beaucoup d'idées qui viennent de lui. Tenzin m'a approché pour faire un clip pour ADVM, parce que c'est son directeur artistique. Il m'a dit : « J'aimerais bien le co-réal avec toi et je te fais confiance pour l'exécution et les idées. Moi, je peux t'apporter un peu la direction ». Il m'a donné ses rêves, cet espèce d'univers un peu bleuté, froid, très industriel. Il m'a dit ce truc très important : « Je ne veux pas que ça raconte quelque chose. Mais je veux bien que ça raconte quelque chose ». En gros, je ne veux pas que ça soit une histoire à proprement parler avec un scénario, mais je veux que chaque tableau puisse raconter quelque chose.   C'est là que je vais proposer mes idées. On l'a vraiment vu comme des micro-scénettes. Je n’ai jamais autant découpé un clip en sachant exactement ce qui allait se passer.

À l’occasion de la sortie de la 23Megatape, tu as sorti une veste et une casquette en collaboration avec la marque Purple Place. Quelle importance ça avait pour toi de faire ça ? 

Ces gars-là, qui sont devenus des frérots, m'ont approché en 2022. Et je leur ai toujours dit : « Venez un jour, on fera un truc ». On avait déjà fait un premier pull qui n'est jamais sorti. Et là, je me suis dit « Les gars, c'est le plus gros projet de ma vie et le merch, je ne me vois pas le faire sans vous. Il est temps qu'on fasse cette jacket ». Il y a plein de petites refs : dans le dos c'est le 23, avec un mélange d'ailes de cigales et de connexions parce qu'à l’origine, le 23Megabits, c'est une sphère, un Atlas.

Est-ce que la mode c'est quelque chose qui te parle de manière générale ? 

Je m'habillais très mal à la base. Je suis un vrai fashion faux pas. Et j’ose le dire, je m'habille mieux depuis que j'ai ma chérie et mon pote Raph. En fait, j'étais très longtemps fâché avec les vêtements en disant que c'était un truc superficiel pour les gens superficiels et que ça n'avait pas de sens. Je ne considérais pas les vêtements comme un art à part entière. Mais regarder un styliste dans les yeux et lui dire ce n’est pas de l'art, c'est comme si on me disait que la vidéo, ce n’est pas de l'art. Quand il y a une intention, c'est artistique; les vêtements c’est pareil. Et c'est juste un formidable moyen d'expression de ta personnalité, ça n'a rien de superficiel. Ce sont mes gars de Purple Place qui m'ont beaucoup aidé à ça. Gary de chez Walk In Paris, chaque fois qu'il me parle de comment il fait des vêtements, je trouve ça formidable. Il y a de l'amour, comme dans une bonne vidéo en fait. 

Tu sors pas mal de critiques de films sur les réseaux ces derniers temps. Le grand écran, ça t’intéresse ? 

J’essaie d’orienter ma communauté vers quelque chose de beaucoup plus cinématographique. Je ne dis pas que j'ai un gros public, mais je commence à avoir conscience que j'ai un peu d'audience. J'ai beaucoup plus d'interactions qu'avant avec plein de gens.  Je pense qu'il n'y a aucune mutation qui ne puisse pas se faire. Faire des clips que je connais, je sais faire, il n'y a pas de soucis. Je me sens compétent et légitime.  Par contre, maintenant, faire du cinéma, c’est un tout autre exercice et je me rends compte que je l'ai beaucoup délaissé. Donc là, je retourne au cinéma, tous les trois jours. Plus tu aimes quelque chose, plus tu le mets à plus tard. Et finalement, j'ai moins de mal à me lancer dans les clips parce que c'est un truc qui n'est pas mon but. Tu repousses pendant des années parce que tu sais que tu as tellement d'amour pour ce truc, que t’y prendre mal, ce serait un manque de respect terrible pour ce que tu aimes. Le cinéma, c'est pareil. 

Donc la suite, c’est le cinéma ?

Le prochain cap c'est le cinéma, oui, c'est certain. J'ai encore deux gros projets à sortir pour le rap, je ne peux pas en parler mais ça sera sorti entre-temps. Je vous invite à regarder les chaînes de Grünt et à regarder la prochaine sortie du jeu Battlefield. Ce sont les deux derniers trucs que je vais faire pour clôturer un peu la partie rap et musique.  Je pourrais toujours ponctuellement faire des choses. Je pense que si peut-être Gemroz, un jour, refait un projet et me dit qu’il a besoin d'un clip, c'est la famille, donc ce n'est pas pareil. Mais je vais arrêter. Je pense que ce ne sera plus le principal. La suite, c'est court-métrage. J'ai envie de faire des festivals et je me donne cinq ans pour faire un film. Et je me dis que si au bout de cinq ans, je n'ai pas réussi, je vois pour une reconversion pour faire autre chose parce que je marche un peu à la pression. Ce n'est pas très sain, mais je sens que ça marche quand je m'engage auprès des gens. 

 

INTERVIEW À RETROUVER DANS L'ÉDITION FALL-WINTER25


MARIO ROUDIL POUR NOWZI © NOAH PARISOT

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